Fillon est-il libéral ? réponse à M Koenig

 Dans un article paru dans le « figaro vox » , M Koenig répond ce matin à la «fillon mania » qui s’est manifestée dimanche, autour de la question : koenig

Fillon est-il vraiment libéral. http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/11/21/31001-20161121ARTFIG00290-francois-fillon-est-il-vraiment-liberal.php

La question est pertinente, d’autant qu’il faut s’attendre de la part du parti des médias à une sympathique haine de Fillon sur cette question. Je dis sympathique, parce que par définition, le parti des médias est sympathique. Mais si la question se conçoit la réponse de M Koenig est largement insatisfaisante. Et nous voudrions revenir à ce propos.

Ironisons tout d’abord, pour ne pas être dupe. Le disciple de Deleuze qui s’exprime sous ce nom de Koenig a une stratégie médiatique, comme hier von Hayek avait une stratégie intellectuelle. Il s’agit de s’imposer comme « la » référence du libéralisme, en profitant de ce que le terrain est délaissé par ce que M Lévy aurait quand même dû appeler l’idéologie française. C’est de bonne guerre, certes. Mais le problème est qu’il fait passer ses propres positions pour libérales auprès d’un public français peu averti : ce qui quand on connaît son mentor, est plus que discutable. Aussi comparer les deux positions, celle de Keonig et celle de Fillon est très instructif, au moins sur la stratégie de Koenig. On peut alors distinguer 3 points.

1/ Koenig part de l’idée que les positions défendues par Fillon sont largement libérales ce qui est vrai si on regarde la tendance, faux si on raisonne dans l’absolu : à supposer qu’elles soient mises en application, Fillon serait à la tête d’une France largement social-démocrate. Mais passons… Ce qui est important ici est que Koenig loue d’abord le pragmatisme de Fillon qu’il oppose à l’idéologie de Mme Thatcher « qui a lu von hayek » ( lequel rappelons-le était un conservateur catholique). C’est à l’expérience, par l’écoute du terrain qu’il aurait viré sa cutie « seguiniste ». On peut lui donner raison sur ce point

2/ Mais une fois ce point acquis, Koenig cherche à opposer une sorte de libéralisme fermé, lequel serait celui de Fillon au libéralisme sociétal : qui serait lui ouvert. Et c’est ce point qu’il critique. On pense bien sûr à la position de Fillon sur la GPA. Ce faisant il rejoint un discours que l’on entend de plus en plus qui laisse entendre qu’existerait une logique purement libérale / libertaire dans nos sociétés et qu’il faudrait opposer à une logique plus conservatiste.

A supposer que cette tendance existât et ne soit point fantasmée – les acteurs des starts up sont des bosseurs et pas des jouisseurs – elle fait fi d’un enjeu extrêmement fort : qui est celui de la cohérence du libéralisme. A ce propos il fait quand même rappeler que le libéralisme est un courant de pensée historique, largement plus vieux que les doctrines qu’on lui oppose aujourd’hui. Et qu’il a à ce titre toujours été ancré dans la philosophie morale : on peut même lui assigner un rapport organique à la tradition protestante

Or cette morale se caractérise à la fois par l’idée de droits – la notion de « droits de l’homme » par exemple n’est pas « de gauche », mais exclusivement libérale – mais aussi de devoir. Les droits de l’homme par exemple, n’ont de sens que par la valorisation du travail et de la notion de responsabilité ( on se reportera à Locke sur ce point, c’est mieux que Hayek). C’est le cœur de l’analyse de M Weber quel que soit son caractère discutable.

Or le fait d’ »accuser » Fillon de n’être pas libéral de ce point de vue – au prétexte qu’il n’approuverait pas le gauchisme culturel – est un véritable contre sens sur la dimension morale du libéralisme. .. . Il est connu d’ailleurs que les catholiques bientôt sans église ressemblent de plus en plus aux protestants de l’origine

3/ le troisième point et qui cristallise le débat est la question de la Nation. Et c’est sans doute le point clé de Koenig. « Le libéralisme n’est pas hors, sol ? Mais il rejette absolument toute conception ethnique de la Nation » dit-il non sans quelque mauvaise foi ( car on ne peut à la fois soupçonner Fillon d’être un « catho-réac » et d’être raciste – que l’on sache, catholique veut dire universel). En fait ce qui est en jeu, et que Koenig ne veut pas avouer, est la dimension culturelle de la société : le fait qu’une société n’est pas constituée d’individus, mais par des valeurs et modes de vies qui sont l’objet d’une transmission historiquement constituée. C’est là l’enjeu que Koenig qualifie « d’ethnique » avec comme conséquence d’éliminer cette dimension de la réflexion : devons-nous considérer la Nation comme une telle communauté, et devons-nous en défendre le principe ?

Une telle question ne s’est jamais posée aussi brutalement que nous la posons. Et pour cause. Il ne serait jamais venu à l’idée à un philosophe des XVII et XVIIIème d’y répondre autrement que de façon positive. Le fait que Fillon ait défendu le principe d’une civilisation européenne indique là aussi la réponse qu’il donne. Pour paraphraser Koenig ( et répondre à ceux qui le traitent de souverainiste) oui, il serait d’accord pour une dimension supranationale, mais dans le strict espace de frontières culturelles que l’on s’attachera à défendre. Il m’est avis que 85 % des français seraient d’accord avec lui.

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