Qu’est-ce que l’idéologie de gauche ?

A propos d’un article du

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Pendant longtemps la gauche a été intellectuellement hégémonique dans l’espace public. Cela a fait la spécificité de la France. Cela la fait toujours, car sa domination n’a pas disparu, même si elle est aujourd’hui combattue. Mais pour combattre, il faut d’abord comprendre. Et si la gauche domine encore c’est avant tout parce qu’on comprend mal comment elle « fonctionne ».

Pour quelles raisons ? Ceux qui s’y essaient, et que nous soutenons – Le Goff par exemple – sont en effet toujours superficiels. Ils ne considèrent la gauche que comme un système d’idées, individualiste ou égalitariste selon l’accent que l’on met, et qui serait tout simplement plaqué sur la réalité. Et donc plaqué à contre temps. Partant de là, on va chercher à décrire ce système d’idées, pour bien montrer en quoi il est vicié, en montrant bien qu’il ne correspond pas au réel. D’où la croisade de Le Goff contre le « gauchisme culturel ». Bien utile empressons nous de le dire. Mais pas assez efficace.

Car le cœur de l’idéologie de gauche n’est pas là où on le cherche : il est beaucoup plus enfoui dans la réalité, beaucoup moins idéologique en apparence .. et donc plus pernicieux. C’est ce que nous voulons au moins suggérer ci-après

Pour cela rien de tel que la lecture du Monde d’aujourd’hui, et de l’article de Mmes Battaglia et Colas sur la politique de l’éducation de la droite. « La droite entend rétablir « l’autorité » à l’école ». Notez bien sûr les guillemets( je tiens l’article entier à la disposition du lecteur qui le demandera)

Il faut dire qu’il y a nécessité : sans son lectorat enseignant « Le Monde » serait en soins palliatifs et il est clair que l’univers enseignant s’interroge sur ce que demain sera. Or demain risque d’être à droite, une droite qu’on connaît mal chez les enseignants, si ce n’est sous la forme d’une gestion trop rigoureuse ; et chacun sait que les enjeux de l’école ne sont plus là. Il est donc logique que « le Monde » renseigne ces lecteurs sur son programme scolaire. Ou plutôt qu’il en donne le sentiment.

Suivre « Le Monde «  sur ce terrain c’est donc suivre la fabrique de l’idéologie. Et c’est constater qu’elle repose tout entier sur l’inversion des faits et des idées , autrement dit sur le traitement des faits

En effet dans un journal normal ( Le Monde d’H Beuve Mery par exemple) il y a une règle d’or : le journaliste doit d’abord donner les faits aux lecteurs, pour qu’il ait les moyens d’en juger, et le journaliste n’effectue son propre jugement qu’après. C’est la règle d’or de la confiance. Or les faits ici ne sont pas les faits bruts – en l’occurrence la situation du système scolaire – mais le programme de la droite, que le lecteur connaît mal. Mais un programme ce sont deux choses : ce sont bien sûr les idées de la droite, mais ces idées reposent sur le diagnostic d’une situation. Et c’est ici que se situe le point clé. Car évoquer le diagnostic de la droite, c’est se situer sur le terrain que le cher lecteur-enseignant connait. C’est donc se situer sur le terrain d’un réel autour duquel le cher lecteur pourrait se retrouver ( et l’on entendrait dans les salles des profs des « j’aime pas la droite, mais sur l’éducation elle dit pas que des bêtises »).

Lisons à cette aune l’article et l’on verra à l’œuvre tout en finesse l’idéologie. Car tout est fait pour éliminer cette communion possible sur les faits

    1. Cela commence dès le titre avec ses guillemets sur « autorité ». Il y a en effet danger ; car on le sait c’est un problème majeur à l’école et auquel l’enseignant est sensible. Les guillemets ont alors une signification très précise : « ne pas faire attention car le mot n’a pas le même sens pour vous ( chers lecteurs) que pour la droite ». On ne saura bien sûr pas pourquoi.
    2. C’est gros me direz vous, c’est surtout un fusil à un coup . C’est pourquoi on rassure le lecteur avec un sous-titre lequel apparemment est de l’information «  La droite » nous dit-on « mise sur les fondamentaux « … mais qui ignore le diagnostic
    3. Ce n’est qu’un début. Car même un lecteur de gauche, s’attend à ce qu’on consacre maintenant au moins un paragraphe à expliquer pourquoi on en revient aux fondamentaux. Le fameux diagnostic. C’est en effet le cœur de sa recherche. Et là : silence. Voilà la réponse du journaliste «Reste que le système scolaire est moins abordé pour l’heure sous l’angle des difficultés réelles .. que comme un miroir des peurs qui traversent la société ( déclin ;, valeurs républicaines peurs de l’autre). Des débats [qui agitent les professionnels] il n’en est guère question » .On a effectivement bien lu : on fait mine de citer les candidats , mais rien ne sera dit sur ce qu’est pour la droite « les fondamentaux » leur origine leur intérêt . Le journaliste va tout simplement substituer sa propre analyse du programme de la droite en lieu et place de l’explication des faits que ses lecteurs attendaient .
    4. Et quelle analyse ! D’abord , le titre – le seul de l’article – des élèves en uniforme . Puis le jugement du sociologue derrière qui on se replie pour ne pas avoir à discuter : lequel jugement sera le seul point mis en exergue – en gras, détaché – dans un article censé informer sur la droite « Dans le climat actuel, c’est le thème identitaire qui se projette sur l’école « , Chacun aura compris : en lieu et place de l’information que l’on recherche apparaît simplement ce qu’il faut en penser
    5. Mais attention , le journaliste sait bien que le lecteur attend d’être informé sur la droite. Il est donc quelque part obligé. Mais le jeu est désormais pipé, car la référence de son analyse ne sera plus le réel partageable avec le lecteur. Ce sera désormais son propre jugement auquel le lecteur va logiquement comparer les positions que l’on va lui présenter. En ignorant ce fameux diagnostic. On saura donc que Fillon propose de contrôler l’assiduité , que l’on fait à la gauche un procès de laxisme et que la plupart se proposent d’augmenter le temps des matières de base ( les fameux fondamentaux)
    6. Mais rien désespérement rien sur le pourquoi de ces fondamentaux . Alors que ce serait si simple, puisque la droite fait le même diagnostic qu’une majorité d’enseignants, mais peu le savent : que les réformes ont affaibli leur autorité, qu’elles ont multiplié les diversions sur les savoirs annexes au lieu de concentrer l’effort sur les matières principales. Bref qu’il y a eu un avant et un après (Après Jospin en fait) et que l’après est pire que l’avant. On défiera ici quiconque qui soit honnête de dire le contraire. Partant de là il est un peu logique que le réflexe soit de revenir en arrière.
    7. Fermez le ban. Le réel – clairement partagé entre le lecteur et la droite ayant disparu – le journaliste peut alors placer le coup de pied de l’âne « Pour[enseigner, on parle] des méthodes dites  » classiques  » – récitation, calcul mental, dictée… D’expérimentations, il n’est guère question ». Vous avez bien lu : voilà que le réel réapparaît en fin d’article. Mais la gauche vient de s’y substituer le sien. Car ce réel ce n’est pas l’expérience massive qu’on fait les enseignants sur deux générations , ce sont « les expérimentations « montées dans quelques coins par l’éducation nationale et sous la houlette des célèbres « pédago ». Et dont seuls parleront « les personnes autorisées ». Devinez qui..

Conclusion

CQFD, comme on disait quand on nous apprenait les mathématiques. En fait ce qui caractérise la gauche – et qui explique son lien à l’université [1] – c’est le réel en tant que tel, c’est-à-dire l’idée qu’elle s’en fait. Et cette idée est un refus : le refus absolu de l’existence d’une réalité objective, qui nous serait commune, et dont on pourrait parler pour s’accorder. Pour le dire autrement, ce qui caractérise la gauche c’est cette formule que répète en boucle N Polony[2] ( qui est issue de la gauche n’oublions pas) : les faits n’existent pas.

C’est pour cela que la gauche a toujours eu des accents totalitaires : car si la réalité n’existe pas en soi, elle n’est toujours que ce qu’on en dit. Partant de là et c’est le cœur de cette idéologie, l’enjeu ne sera pas dans les idées, mais il sera de nommer la réalité, et cette nomination sera toujours un combat – puisqu’il n’y a aucun accord à son sujet. Un combat sans foi ni loi. Il n’y a pas à s’étonner qu’aujourd’hui, la gauche multiplie les procès sur tout en n’importe quoi, procès d’intention, procès en interdiction de parler. C’est sa réaction en quelque sorte naturelle.

[1] Mais c’est une autre histoire, on en parlera ailleurs

[2] Sinon elle n’aurait pas été embauchée par Ruquier

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