Economie et identité article en travail

Dans un récent article que nous mettons en adresse URL, M C Consigny porte un jugement inquiet sur le déroulement futur de la campagne électorale. Celle-ci risquerait d’après lui d’éluder la question centrale de l’économie, au profit d’un débat sans débouché possible sur l’identité nationale. Et de plaider qu’il « est urgent de parler d’économie » consiogny

M Consigny est un observateur pertinent, il a le mérite de pointer un vrai problème, et gageons qu’il ne sera invité, ni au Monde, ni à Libération, ni à France Info. On peut d’ailleurs faire le parallèle avec l’Espagne. Les récentes élections s’y sont déroulées dans un contexte où, pour la première fois, on pouvait se prévaloir de véritables réussites sur le plan économique ( sortie du marasme, baisse significative du chômage.. ). Réussites attribuables en raison au gouvernement Rajoy…

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Or chacun peut le constater : « le parti des médias » (M Gauchet) a éludé cet enjeu pour recentrer la campagne sur les questions de corruption réputées la faiblesse de M Rajoy. Celui-ci lutte encore pour qu’il y ait un pouvoir en Espagne … Qu’une telle opération se déroule aussi en France n’aurait donc rien d’étonnant si daventure « le parti des médias » considérait que la droite y serait en difficulté.

Il y a cependant une ambiguïté dans le propos de Consigny, comme chez ceux qui opposent ces deux champs de discussions. En effet quand on le fait, c’est sur la base d’un apriori assez simple. On considère que la question de l’identité pose la question des « valeurs » (qu’on qualifie toujours de républicaines, ce qui n’a rien d’évident en fait dans un tel contexte) , de la « culture » ou de ce qu’on appelle d’un nom atroce le »sociétal ». Le débat sur l’identité partirait donc du constat selon lequel ces valeurs et cette culture ne seraient pas partagées par au moins une minorité issue de l’immigration, comme l’a suggéré un sondage de l’Institut Montaigne. Et l’on s’interroge alors sur la dimension religieuse de ce rejet, et sur les moyens de le combattre.

Par contre l’économie poserait des questions d’un tout autre ordre. Les valeurs, les buts de l’action gouvernementale y seraient partagés par le plus grand nombre, mais se limiteraient à la seule dimension de l’efficacité : diminuer le chômage, soutenir la croissance voilà des enjeux qui n’auraient pas d’odeur idéologiques, si ce n’est par l’effet indirect des différences d’intérêt. Et le drame de la France est qu’une majorité d’électeurs – ceux qui dépendent de l’Etat grosso modo – n’a pas à court terme un intérêt direct aux politiques qui défendent l’intérêt de la nation. Ils n’y ont qu’à long terme. On comprend dès lors la position de M Consigny. Les graves difficultés de M Hollande, et au-delà de la gauche offrent une opportunité : celle de convaincre une partie de ces électeurs de la nécessité de changer le logiciel économique du pays – disons pour aller vite, vers une économie de l’offre. Et c’est cette opportunité que gâcherait M Sarkozy, à force de parler d’identité.

Il faudrait voir les choses différemment. Car en réalité M Consigny fait deux erreurs. La première est de ne pas hiérarchiser les débats. Qu’on le veuille ou non, la question des valeurs est un enjeu fondamental et rejeter de la sorte le débat sur ce sujet revient à nier l’essentiel. Certes on pourrait discuter l’actualité de la question identitaire, plaider qu’il s’agit là d’un débat surfait – à l’instar du débat sur la corruption en Espagne[1]. Mais si on part de l’idée que la question se pose aujourd’hui ; ou pour le dire autrement, si on accepte l’idée que derrière les formules du type « on n’est plus chez nous» il y a un profond ressenti populaire : alors cette question est primordiale – elle l’est d’ailleurs pour l’extrême gauche philoislamiste qui fait écho aux positions de N Sarkozy. Car la démocratie est d’abord un exercice d’une communauté nationale et tout ce qui est la constitue, pire tout ce qui la déconstruit, doit être vu comme primordial.

Mais en réalité l‘erreur que fait Consigny est plus grave, car elle porte sur l’économie. Car le plus ennuyeux dans cette position, est ce qu’elle ne dit pas : à savoir que l’économie est porteuse de valeurs, et surtout que ces valeurs sont constitutives de la démocratie (en tous cas dans les pays occidentaux). Nous y reviendrons dans le détail dans ce blog car on est là au cœur de nos difficultés ( notamment au travers de la position de M Weber). Le lien social en Occident est non seulement constitué par le travail et le marché, mais ce lien est nécessaire à des démocraties qui postulent l’autonomie de la société (ce qu’on appelle la société civile). Et si travail est central dans d’autres sociétés, ce n’est que dans le monde occidental qu’il a ce statut politique.

Partant de là, opposer identité et économie comme le fait Consigny n’a aucun sens. Il y a au contraire interdépendance entre ces deux débats : si la question de l’identité se pose, ce ne peut être que parce que le travail n’est plus aussi intégrateur. Et s’il existe un drame du chômage dans ce pays, c’est moins par les difficultés financières des personnes qui sont touchées, que par la situation de marginalité que cela produit naturellement. Marginalité que ne compensent – contrairement à ce que croit la gauche – ni le droit de vote, ni les autres droits politiques..

Il reste que la position de M Consigny sera sans doute largement reprise. Elle correspond dans son esprit à un libéralisme bien pensé. Mais qu’il ne soit pas surpris quand il reverra revenir sur son terrain les représentants éclopés de l’intelligentsia de gauche.. Sans doute d’ici une grosse années. On verra sans doute pourquoi dans quelque autre billet

 

[1] Laquelle est endémique et non conjoncturelle

 

 

 

[1] Laquelle est endémique et non conjoncturelle

 

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Une réponse à Economie et identité article en travail

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